mercredi 20 janvier 2010

Sport de dingues

Des hommes en pagaille, certains chaudement habillés mais d'autres presque dénudés, de la boue maculant rapidement chacun, au moins sur les jambes, une cavalcade de chaussures hérissées de pointes. Le tableau d'une future bataille. Non, simplement le théâtre du championnat de Seine-et-Marne de cross-country, dimanche dernier.

Arrivé à 8h45 à Meaux pour disposer d'un peu de temps de préparation, je découvre dans un quartier ignoré un immense parking encore désert. Les organisateurs s'affairent ça et là. Et déjà m'envahit cette impression étrange de s'être trompé de lieu ou de moment lorsque l'on débarque sur cette terre grasse qui retient vos chaussures sans pudeur. Je cherche la tente de mon club (BSGA) où mes camarades, tous vétérans, se changent et s'apprêtent à partir s'échauffer.

Je récupère mon dossard et tente de l'installer sur le tee-shirt du club, à plat. Mauvaise idée, je crois que c'est plus facile de le faire sur soi. Je note au passage que je suis un peu tendu. Je serre les pointes sur les chaussures de cross. Je perds du temps et il doit m'en rester pour m'échauffer moi-aussi.

Et voilà un tour de chauffe. Il fait frais mais c'est largement supportable. En fait, avec la course, le soleil va se montrer et la température s'élever jusqu'à une sensation de véritable chaleur.
Autour d'un grand étang de forme rectangulaire, de nombreux cygnes s'agitent sur l'eau gelée. Certains tentent de prendre leur envol, ce qui nécessite chez cet oiseau une bonne distance passée à frôler la surface. Le bruit des ailes qui frappent la glace est comme un coeur qui battrait trop vite.

Je repère quelques difficultés mais c'est vraiment praticable. Sauf peut-être les nombreuses flaques de la plage de sable et la boue sur des talus. Nous voilà appelés pour le départ. J'attrape les lunettes de soleil pour ne pas être gêné. J'ai gardé la montre car je veux pouvoir être informé sur mon allure. Mais j'ai laissé la ceinture du cardio. Inutile de savoir que mon coeur s'emballe.

Vieillir est décidément une expérience bien étrange. Moi qui ai toujours détesté cette ambiance, qui n'affectionne rien tant qu'une route ou un chemin bien sec et propre, me voilà à jouer les gosses qui pataugent dans les flaques au milieu d'une bande de chenapans.

Les plus véloces sont partis à une vitesse que ma physiologie m'interdit d'adopter plus de quelques secondes. Je ne les reverrai plus. Cela dit, je n'avais pas eu le temps de faire leur connaissance.
Je m'accroche aux autres.
Surprise ! au lieu d'éviter les flaques, je surmonte ma répugnance et les franchis en ligne droite sans peur de me mouiller les pieds. Ce qui a pour conséquence de me permettre de gagner quelques places car ils sont nombreux à se montrer moins courageux.

Nous commençons par deux tours, qualifiés de grands au milieu de tous les parcours dessinés pour accueillir tous les niveaux de participants. Nous tournons notamment autour de l'étang, les cygnes sont toujours là que la meute n'effraie pas davantage.
Et puis nous abordons les deux tours suivants, plus longs, qui englobent en partie les premiers. Je découvre avec ravissement qu'une petite montée nous attend. C'est ma spécialité et elle me permet de gagner encore quelques places. Pas pour longtemps cependant car j'ai du mal à relancer.

Parti assez fort, autour de 4'10" au km, je ralentis progressivement jusqu'à 4'30, allure que j'essaie désespérément de tenir.
Certains, dépassés quelques kilomètres auparavant, ont réussi à me rattraper. C'est toujours frustrant, surtout que mes lièvres s'échappent également.
Heureusement nous croisons par le hasard du parcours les participants qui sont toujours derrière moi. Ils sont assez nombreux pour que je me sente requinqué !

Je sens que j'étais un peu ambitieux dans mes objectifs. Mon pied gauche commence à me faire souffrir, l'échauffement sous le pied devient maintenant une véritable brulure. Ma légendaire fragilité des pieds n'a pas pris de vacances alors que j'utilise ces chaussures à pointe pour la seconde fois seulement.

Je surveille la distance sur mon Garmin. Horreur ! les 8900 mètres prévus sont déjà dépassés. Et je ne suis toujours pas arrivé. C'est certainement le moment le plus difficile car il faut mobiliser toutes ses ressources jusqu'au bout.

Je repense comme d'habitude au marathon qui m'attend. Je ne peux défaillir maintenant. Je suis ici pour renforcer mon mental et le rendre apte à me permettre de traverser la grande épreuve qui m'attend.
Pour autant, je suis incapable de finir en sprint. Que Francis me pardonne, lui qui ne courre que pour ces derniers instants.

J'arrête finalement mon chrono sur la ligne d'arrivée : 42'29". C'est pas si mal car je considère un peu facilement que c'est représentatif de mon futur temps au 10 Km. On verra prochainement.

J'ai fini 136e sur 229. On se rassure comme on peut !

Et je suis reparti en claudiquant, redoutant d'enlever mes chaussures.
En fin de compte, je n'aurais passé qu'un quart d'heure aidé de ma petite femme et d'une aiguille à percer toutes les ampoules.

C'est vrai qu'il faut être un peu dingue.